Conseils relationnels

Conseils relationnels #2

La toxicité d’une relation se révèle de manière insidieuse. Il faut du temps pour reconnaître qu’elle ne nous convient pas, car elle nous plonge dans un trouble diffus et indicible. « Nous devenons progressivement anxieux, renfermés, nous n’éprouvons plus de joie, décrit Isabelle Nazare-Aga, psychothérapeute, auteure des Parents manipulateurs (Les éditions de l’Homme). Lorsque cela se manifeste dans tous les domaines de l’existence, il est difficile de faire le lien avec une personne en particulier. C’est beaucoup plus évident lorsque nous nous éteignons en sa présence. » Pour Dominique Barbier, psychiatre et psychanalyste, auteur de La fabrique de l’homme pervers (Odile Jacob) « les relations toxiques ont ceci de particulier qu’elles nous empêchent de rester nous-mêmes. Elles nous transforment, nous déboussolent ». Nous le sentons intuitivement, mais nous ne voulons pas l’admettre, surtout s’il s’agit d’un proche : un parent, un conjoint, une amie. Si leur influence est néfaste, c’est « parce qu’elles nous interdisent de grandir », indique Isabelle Nazare-Aga. « Je n’arrivais plus à prendre une décision sans demander l’autorisation ou l’avis de mon conjoint, témoigne Vera, 37 ans. J’avais perdu mon libre arbitre. Je me dévalorisais complètement. »

Qu’y a-t-il, en l’autre, de si nocif pour nous ?

« L’autre n’est pas nécessairement mauvais, affirme Dominique Barbier. Il peut tout simplement y avoir une mauvaise rencontre entre deux inconscients : la part sombre de chacun stimule celle de l’autre. » Sans revêtir un caractère pathologique, certaines personnalités peuvent avoir un effet nocif. « C’est la mère culpabilisante et anxieuse, qui prévient sans cesse des risques et accable de bons conseils, nous empêchant de devenir autonomes et confiants. C’est le comportement passif-agressif du conjoint, qui n’exprime pas ses envies, mais se plaint constamment et fait de la résistance à toute suggestion, ou encore la jalousie maladive d’un collègue, qui va nous mettre des bâtons dans les roues, semer la zizanie », énumère Isabelle Nazare-Aga. Et puis il y a la fameuse figure du pervers narcissique, « un prédateur qui joue avec sa proie comme le chat avec la souris, explique Dominique Barbier. Il lui donne un premier coup de griffe, la laisse reprendre des forces et lui en assène un autre, plus violent. L’effort que fait la souris pour se relever est chaque fois plus grand, jusqu’à l’épuisement. Le pervers narcissique se distingue du pervers ordinaire – indifférent à l’autre, égocentrique, discourtois – par sa volonté de détruire sa proie. Parce que son narcissisme est défaillant, il ne ressent sa valeur qu’en dévalorisant sa victime jusqu’à l’anéantir ».

Quelles failles font de nous la cible des manipulateurs ?

Si nous dysfonctionnons en présence de certaines personnes, c’est qu’il y a en nous une vulnérabilité qui nous empêche de poser des limites à leurs débordements. Isabelle Nazare-Aga en distingue plusieurs : « Une propension à la culpabilité, soit le fait de se sentir fautifs pour tout, même s’il n’y a objectivement rien dont il faudrait se repentir ; une dépendance affective, c’est-à-dire l’incapacité à supporter la solitude sans nous sentir minables, l’impression de n’avoir de valeur que parce qu’un autre a bien voulu de nous – nous nous sommes alors laissé choisir par lui et nous croyons lui devoir tout notre temps ; ou encore le syndrome du sauveur, qui revient à ne poser aucune limite à l’écoute de l’autre, surtout s’il est en détresse ou prétend l’être – nous décrocherons le téléphone même à 4 heures du matin. » Si, en outre, nous avons grandi dans une famille où les insultes, la bouderie, la manipulation étaient monnaie courante, nous continuerons à accepter ces comportements sans parvenir à les trouver intolérables.
Comment les éviter à l’avenir ?

« Quand on a été victime une fois, que l’on accepte d’être à l’écoute des petits signes qui ne trompent pas et de son intuition, nous savons repérer les pervers, atteste Dominique Barbier. Néanmoins, l’aide d’un spécialiste est indispensable pour colmater les failles qui ont fait de la proie la complice du prédateur. » Certains schémas cognitifs doivent être modifiés : « La croyance qu’il faut absolument être aimés, approuvés, estimés par tout le monde, expose Isabelle Nazare-Aga. Ou qu’il faut être profondément compétents et capables d’atteindre tous nos objectifs pour nous considérer comme valables. » Tant que ces schémas perdurent en nous, nous ne sommes pas à l’abri.

La source: psychologies.com